Dernière modification le : Mercredi 30 Mai 2007 à 21:06:22.
CULTURE
Zanzibar à la croisée des cultures
Zanzibar : à la croisée des cultures
Avec des influences africaine, arabe, indienne et européenne, le vieux quartier de Zanzibar Stone Town illustre le métissage exceptionnel de l'île.
Située au large de la côte orientale de l'Afrique, en plein océan Indien, l'île de Zanzibar (une entité de la République unie de Tanzanie) est un extraordinaire creuset de cultures, fruit de la rencontre au fil des siècles entre ceux qui sont venus, de gré ou de force, d'Afrique, de la péninsule Arabique, d'Inde et d'Europe. Ce brassage est particulièrement visible à Stone Town, la « ville de pierre » située dans l'ancien quartier de Zanzibar Town, et inscrite en 2000 sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO comme « une exceptionnelle manifestation matérielle de fusion et d'harmonisation culturelles ».
Plaque tournante des échanges maritimes entre l'Afrique et l'Asie, l'île a attiré immigrants, conquérants, commerçants ou esclaves. Ces Africains, Arabes, Indiens, Perses, Portugais, Hollandais et Anglais ont donné naissance à une civilisation composite, caractérisée par une architecture originale, une cuisine éclectique et une langue, le kiswahili, d'origine bantoue et qui s'est enrichie au contact des autres parlers de l'île.
La majorité des habitants sont d'ascendance bantoue. Une partie de leurs ancêtres se sont installés dans l'île dès le premier siècle avant notre ère, d'autres ont été amenés bien plus tard, en tant qu'esclaves. La culture et la langue swahilies sont prédominantes. A Zanzibar, le terme de « swahili » (qui signifie « côte ») désigne la population ayant une double ascendance, bantoue et omanaise.
De même, les Shirazi ont une double origine, bantoue et perse. Les Perses shirazi débarquèrent à Zanzibar en 975 - à la suite, dit-on, d'une prophétie annonçant une catastrophe dans leur pays natal. Zanzibar abrite aussi beaucoup d'Indiens, ainsi qu'un grand nombre de descendants de Comoriens. Les Européens, qui ont dominé l'île pendant plusieurs siècles, sont en revanche peu nombreux.
ESCALE SUR LA ROUTE DES INDES
Les Arabes, dont la communauté demeure importante, sont arrivés d'Oman au VIIIe siècle, portés par les vents des moussons. Ils faisaient commerce d'ivoire, d'esclaves et d'or avec la côte de l'Afrique orientale - l'île constituait une base d'où l'on pouvait contrôler la terre ferme sur 1500 km, du Mozambique à la Somalie d'aujourd'hui.
Du xve au XVIIe siècle, les Portugais utilisèrent l'île comme point de ravitaillement sur la route vers l'Inde. Les Hollandais arrivèrent au milieu du XVIIIe siècle, en quête d'esclaves pour leurs plantations d'Asie. Ensuite, des marchands indiens abordèrent l'île à leur tour pour y acheter des épices et de l'ivoire. Puis les Arabes omanais reprirent le contrôle de Zanzibar au XIXe siècle. En 1832, le sultan Sa'ïd ibn Sultan transféra le sultanat de Mascate à Zanzibar, où lui et ses descendants régnèrent pendant cent trente ans.
FOYER DE LA LUTTE CONTRE L'ESCLAVAGE
Zanzibar a joué un rôle capital dans l'histoire de l'esclavage. Elle a été à la fois l'un des principaux ports négriers d'Afrique orientale - dans les années 1860, 10 000 à 30 000 esclaves transitaient chaque année par l'île - et un foyer de la campagne contre la traite, menée par David Livingstone et d'autres dans la deuxième moitié du XIXe siècle - en particulier à partir de 1890, quand Zanzibar devint un protectorat britannique.
Le commerce des épices remplaça progressivement celui des esclaves. Le girofle fut introduit par des botanistes anglais et français qui voulaient briser le monopole hollandais, et aujourd'hui, Zanzibar est l'un des principaux producteurs mondiaux de clous de girofle. L'île est également une destination touristique de plus en plus fréquentée, appréciée pour ses plages idylliques et sa cuisine relevée. Avec l'aide de l'UNESCO et d'autres organisations, l'ancienne Stone Town est désormais en cours de restauration. Dans ce dédale de ruelles tortueuses bordées de maisons blanchies à la chaux, boutiques, bazars, caravansérails, palais de sultans et demeures coloniales se serrent sur une superficie de 2,6 km2. A quoi s'ajoutent deux immenses cathédrales, de nombreuses mosquées et un temple hindou. Mais ce superbe patrimoine architectural côtoie aussi une grande pauvreté. Plus de la moitié des bâtiments sont consacrés au logement social, ce qui contribue grandement à la dégradation qui frappe le quartier car leurs occupants sont trop pauvres pour les entretenir. De nombreux édifices parmi les plus beaux de la ville sont gérés et loués en appartements par les autorités, elles-mêmes sans moyens. Des programmes de réhabilitation impliquant les habitants contribuent à sauver des immeubles de la ruine, tout en améliorant les conditions de vie des locataires. Il en va de la préservation de l'héritage culturel de la « ville de pierre », mais aussi de son devenir touristique.